Elle voulait prendre la route, c'est tout ce qui l'intéressait. Peu en importait les raisons, elle savait qu'elle en avait l'envie. Que cette envie devenait presque obsession, tant elle y pensait sans arrêt. Elle voulait rouler. Regarder l'horizon se rapprocher sans cesse et, surtout, ne jamais s'arrêter. Ne jamais prendre la route du retour, celle qui ramènerait à la case départ, ne jamais faire machine arrière. Elle s'y voyait déjà, refusant un jour l'arrêt, cédant à ce besoin qui bientôt la dévorerait. Et continuant la route, jusqu'alors inconnue. Ne penser qu'au voyage, non à la destination, oublier le but pour savourer le moment. Elle le ferait un jour. Non pas par une promesse naïve qu'elle se tiendrait à elle-même. Mais parce que cette envie deviendrait bientôt nécessité absolue et qu'un jour elle le savait, elle serait plus forte que n'importe quel autre impératif. Car rien ne paraît plus impératif que, pour un jour au moins, se sentir libre. Aussi libre qu'un oiseau dont le vol permettrait d'infinies directions. Et sentir cette liberté nous mordre les entrailles, sentir l'accélération qui nous détache du reste et cette excitation, de ne pas savoir où l'on va, mais d'y aller quand même. Il suffira d'un choix. Une seule fois. Une unique fois qui ne saurait tarder, tant la pression, tant le besoin est grand. Tant il dévore déjà. Ce serait comme une pulsion, incontrôlable, et l'impossibilité de ralentir, d'éteindre le moteur, l'impossibilité de se résigner comme à la fatalité du monde. Non ce ne sera pas un choix. Simplement un caprice, une nécessité de la raison, qui aurait soif de se sentir libre et de mieux s'évader. Simplement l'appel de la route sous ses pieds. L'appel d'un voyage infini, encore un. L'appel de ces instants, comme volés au temps, où l'âme échappe à tout impératifs pour sombrer dans le moment présent. Il n'y a que le trajet qui compte et on voudrait que jamais il ne finisse. Elle était amoureuse de ces moments perdus. Ces moments où le temps ne compte plus. Et le temps s'éteignant, elle peut enfin penser. Penser. A rien, mais y penser tout de même. Et elle sent ses idées, le long de cette longue route, elle s'entend déjà penser, cheveux aux vents, musique dans les oreilles, comme dans un vieux cliché. Elle l'aura son cliché, elle l'a tout bonnement décidé.