La folie de l'écriture l'avait-elle repris ? Elle n'osait qu'à peine le dire tant cela pouvait lui sembler fragile, et qui sait, éphémère. Elle avait appris que rien ne durait, ainsi, si son inspiration se tarissait soudain à nouveau, elle n'en serait que peu surprise. C'était peut-être une des raisons pour lesquelles elle chérissait ces moments. Seule avec les mots, où rien d'autre n'importait que la phrase, celle qui, avec la justesse la plus extrême, serait en mesure d'exprimer les sentiments voulus. Le bon mot, la juste mesure, et ses détails qui pourtant font tout. Et elle aimait à penser que si ses mots n'existaient aux yeux de personne, ils restaient exacts à ses yeux à elle et que ce n'était que ce qui l'importait. Elle aurait pu rester des heures, déblatérant du néant, sans une fois réfléchir au reste et à toutes les pensées parasites qui d'ordinaire emplissaient son esprit. Elle aurait pu en ce jour, ce dont elle n'aurait pas été capable hier. Cela l'emplissait d'une joie, somme toute un peu fébrile, tant elle connaissait la fragilité de ses humeurs. C'est pourquoi elle savourait chaque instant où les mots, dans leurs douces rondeurs, occultaient l'univers entier et se laissaient enfin écrire.
